Sœur Catherine Bourgeois + Ermite catholique, peintre

 

7e dimanche de Pâques (I)

Sermon de saint Augustin, évêque,
sur la première lettre de Jean

Tract. 6, 10 : SC 75, 298-300 

Dans les premiers temps, l’Esprit Saint descendait sur les croyants et ils se mettaient à parler en langues qu’ils n’avaient pas apprises, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Ces signes avaient alors leur raison d’être. Il convenait, en effet, que l’Esprit Saint fût figuré par ce don de toutes les langues, puisque l’Évangile de Dieu, par le moyen de toutes ces langues, devait se répandre sur toute la terre. Le signe a été donné, puis il est passé.

Attend-on maintenant, de ceux auxquels on impose les mains afin qu’ils reçoivent le Saint-Esprit, qu’ils se mettent à parler en langues ? Et lorsque nous imposons les mains à ces baptisés, chacun d’entre vous s’attend-il à ce qu’ils se mettent à parler en langues ? Faute de voir s’accomplir ce prodige, lequel d’entre vous aurait l’esprit assez mal tourné pour dire : « Ils n’ont pas reçu le Saint-Esprit, car, s’ils l’avaient reçu, ils parleraient en langues comme cela s’est vu jadis ? » Si donc la présence du Saint-Esprit n’est plus attestée aujourd’hui par des miracles, que faire, à quoi reconnaître qu’on a reçu le Saint-Esprit ?

Que chacun interroge son cœur ! S’il aime son frère, l’Esprit Saint demeure en lui. Qu’il s’examine, qu’il s’éprouve lui-même sous le regard de Dieu : qu’il voie s’il a en lui l’amour de la paix et de l’unité, l’amour de l’Église répandue par toute la terre. Qu’il ne s’attache pas seulement à aimer le frère qu’il a devant lui : nous avons, en effet, quantité de frères que nous ne voyons pas et auxquels nous sommes rattachés dans l’unité de l’Esprit. Qu’y a-t-il d’étrange à ce qu’ils ne soient pas avec nous ? Nous sommes dans un même corps, nous avons au ciel la même tête. Mes frères, nos yeux ne se voient pas, pour ainsi dire ne se connaissent pas. Faut-il dire qu’ils ne se connaissent pas dans la charité qui unit tout le corps ? La preuve qu’ils se connaissent grâce au lien de la charité, c’est que, lorsqu’ils sont tous deux ouverts, il ne se peut que l’œil droit fixe un point donné, sans que l’œil gauche fixe le même point.

Essaie, si tu le peux, de diriger le rayon visuel de l’œil droit sans y intéresser l’autre œil ! Ils convergent, ils se dirigent vers le même objet : ils visent le même point, bien qu’à partir d’endroits différents. Si donc tous ceux qui sont avec toi aiment Dieu, ont avec toi une même visée, peu importe que dans le corps vous soyez placés en des endroits différents, vous fixez en même temps le regard du cœur sur la lumière de vérité. Si donc tu veux savoir que tu as reçu I’Esprit, interroge ton cœur : demande-toi si tu n’aurais pas le sacrement sans avoir la vertu du sacrement. Interroge ton cœur : si tu y trouves l’amour de ton frère, sois en paix. Cet amour ne peut s’y trouver sans qu’y soit l’Esprit Saint, car Paul nous crie : La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

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