Sœur Catherine Bourgeois + Ermite catholique, peintre

 

 

Premier traité : Logique

Plan

Introduction

Définition. – 21.La logique est la discipline qui enseigne les règles au moyen desquelles la raison humaine peut acquérir avec ordre, facilité et sans erreur, l’ensemble des sciences1Définition de saint Thomas : In Post. Analyt., liv. 1, lect. 1..

Son but n’est pas d’étudier les choses en elles-mêmes, mais d’apprendre à bien penser, à bien diriger notre raison pour connaître ces choses. Elle se distingue ainsi de toutes les sciences réelles, comme la chimie, par exemple, qui se portent directement vers l’univers pour en explorer les divers aspects. Elle est au contraire d’ordre rationnel et suppose une réflexion de la raison qui se retourne sur ses propres opérations pour en découvrir les lois.

La science avec laquelle elle a le plus de rapports est la psychologie. Il ne suffit pas, pour les distinguer, de noter que l’une traite à la fois de l’âme en sa nature et en toutes ses facultés, tandis que l’autre se restreint aux seules opérations de la raison. On ferait ainsi de la logique un simple chapitre de psychologie. Mais ce serait une différence d’objet matériel et seuls les objets formels distinguent spécifiquement les sciences.

Mais on peut considérer de deux façons les actes de raison :

  1. en eux-mêmes, comme des opérations vitales (subjectivement) pour en déterminer soit la nature spirituelle, soit les conditions d’existence et d’évolution : et c’est le point de vue (objet formel) de la psychologie
      
  2. dans les vérités qu’ils expriment (objectivement), non pas pour expliquer les réalités ainsi exprimées, ce qui est le point de vue des sciences réelles, mais pour établir entre ces objets de connaissance et ces vérités, une ordonnance convenable, au moyen de laquelle nous puissions mener à bonne fin ces œuvres d’art de l’esprit qu’on appelle les sciences : et tel est le point de vue ou l’objet formel de la logique.
     

Par exemple, si l’on pense cette proposition : « L’eau est un liquide », cette pensée est un fait de conscience, étudié en psychologie ; l’objet de cette pensée, pris en lui-même, est une réalité dont parle la physique (science réelle) ; mais les rapports existant entre le concept d’eau et celui de liquide, faisant du premier un sujet et du second un prédicat, et les propriétés qui en découlent, selon lesquelles on peut dire que toute eau est un liquide, mais non que tout liquide est de l’eau, ces relations2Ces relations qui définissent la bonne ordonnance de nos pensées sont des êtres de raison dont l’étude approfondie dépasse les limites de ce Précis ; cf. plus bas, (Philosophie naturelle), n°160, la définition de l’être de raison. sont précisément l’objet de la logique ; et c’est en réglant à leur lumière le travail de la pensée que l’on construit aisément et sûrement les sciences.

On voit que la logique touche de très près ces disciplines pratiques qui imposent la direction droite aux choses à faire, et qu’on appelle les arts3Voir la définition de l’art plus bas, Philosophie naturelle, chapitre VI, n°822.. Elle est un art en effet, et même l’art des arts, puisqu’elle apprend à bien œuvrer avec la raison, dont la direction est indispensable à tous les autres arts.

Mais elle est aussi une science, car elle ne se contente pas de juxtaposer ses règles et les procédés de penser : elle en établit les causes explicatives et les déduit par un enchaînement rigoureux.

Bref, la logique est une discipline qui est à la fois une science et un art.

Utilité de la logique. – 22. – Le rôle de la logique donne lieu à une difficulté. Nous ne pouvons en effet connaître intuitivement ou a priori les règles du bon fonctionnement de notre esprit ; nous devons les découvrir par réflexion sur la manière dont nous construisons nos sciences. Celles-ci sont donc achevées quand débute la logique ; comment cette logique peut-elle être un moyen d’atteindre la science ?

Pour résoudre cette difficulté, il faut concéder l’existence d’une logique naturelle qui n’est autre que l’aptitude spontanée de notre raison à se diriger convenablement vers la vérité. On l’appelle d’ordinaire le bon sens, parce qu’elle en est le premier fruit et comme le prolongement à travers toutes les recherches scientifiques4Sur le bon sens, cf. plus bas, Philosophie naturelle, n°602 et 822.. De lui, Descartes a dit qu’« il est la chose du monde la mieux partagée »5Discours de la méthode, début. et pourvu qu’on l’applique bien, avec un minimum de méthode, il peut suffire à la rigueur pour conquérir la science.

La logique scientifique, celle dont nous entreprenons l’exposé, n’est donc pas absolument indispensable ; les premiers philosophes grecs, jusqu’à Platon, ont découvert sans son aide, bon nombre de vérités ; car c’est Aristote le premier qui l’établit6On a réuni les traités logiques d’Aristote dans l’Organon, ainsi appelé, parce qu’ils fournissent l’instrument parfait pour construire la science. Cf. Histoire de la philosophie, n°67 et 72. en réfléchissant sur les méthodes et les procédés scientifiques de ses prédécesseurs.

Mais la raison privée de cette aide est condamnée à de longs détours et de multiples tâtonnements avec de graves dangers d’erreur ; l’imperfection des premiers philosophes le prouve assez. Aujourd’hui donc que la logique scientifique existe, ce serait folie de se priver de ses services pour introduire pleinement l’ordre et l’harmonie dans nos raisonnements et dans le système de nos sciences.

Il faut donc éviter une double exagération. D’une part, la logique n’est pas tout, pour le savant ; elle ne peut remplacer le talent, et il n’y a pas de règles pour découvrir les intuitions fécondes et progresser dans le domaine du vrai : c’est l’œuvre toute spontanée du génie que la Providence ne distribue pas également à tous les hommes. D’autre part, il faut moins encore la considérer comme inutile ou même nuisible au progrès des sciences. À condition d’en appliquer sobrement les règles, rien n’est plus efficace pour épargner bien des lenteurs et des faux pas dans la recherche du vrai. « Claudus in via, dit Francis Bacon, antecedit cursorem extra viam ».

Division de la logique. – 23. – Quand nous nous portons vers la science, nous pouvons manquer le but de deux façons : en raisonnant mal sur des données justes, ou en raisonnant bien sur des données fausses. Deux sortes de règles sont donc nécessaires pour réussir : les unes apprennent à bien raisonner, c’est-à-dire à enchaîner nos pensées et nos affirmations avec une rigoureuse clarté et une infaillible nécessité, sans que jamais notre raison se contredise. Les autres apprennent à raisonner sur des données justes, c’est-à-dire à considérer les choses étudiées pour les ordonner en groupements naturels, et à juger exactement de la valeur des affirmations prises comme point de départ, appréciant leur vérité, leur probabilité ou leur fausseté.

Ainsi, les premières règles concernent la forme même que doit revêtir notre pensée dans ses développements, quel que soit le domaine où elle s’exerce : elles constituent la Logique formelle7Parce qu’elle traite de questions moins difficiles, on l’appelle aussi « Petite Logique », ou « Logique Mineure ». ; les autres concernent la matière ou l’objet de nos idées et de nos jugements : elles constituent la Logique matérielle8Parce que les sujets traités sont plus importants et plus difficiles, on l’appelle aussi « Grande Logique » ou « Logique Majeure »..

Première Partie : Logique formelle.
Deuxième Partie : Logique matérielle.

 
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